Chaque année, plus d’un million de retraités français installés hors de nos frontières doivent prouver qu’ils sont toujours en vie pour continuer à toucher leur pension. Face aux fraudes détectées – en particulier lorsqu’un décès n’est pas signalé – l’Assurance retraite déploie une nouvelle « stratégie d’intervention » mêlant outils numériques, présence sur le terrain et vérifications accrues. Objectif : garantir que la solidarité nationale bénéficie bien aux ayants droit et réaliser des économies substantielles.
Des retraités de plus en plus mobiles : un terrain fertile pour la fraude
- Sur les quelque 17 millions de pensionnés du régime général, près de 1,35 million résident à l’étranger ; la moitié vit dans un autre pays européen, l’autre moitié se répartit surtout entre l’Afrique du Nord, l’Asie et l’Amérique.
- Dans l’Union européenne, les échanges d’état civil automatisés couvrent plus de 95 % des actes de décès ; hors Europe, ce taux chute autour de 60 %, créant une zone d’incertitude.
- Certains certificats de vie reçus dans les caisses se révèlent falsifiés : caches oblitérés, signatures d’autorités inexistantes ou dates incohérentes. Un seul faux document peut permettre de détourner plus de 20 000 € par an.
La biométrie : une révolution pour certifier l’existence
Lancée à l’automne 2024, une solution mobile de reconnaissance faciale transforme la procédure de déclaration de vie :
- L’assuré ouvre l’application, photographie sa pièce d’identité et réalise une courte vidéo « selfie ». Un algorithme de liveness detection vérifie qu’il s’agit bien d’une personne réelle et non d’une photo ou d’une vidéo pré-enregistrée.
- Le croisement instantané entre l’image et les données de l’Assurance retraite valide la preuve en quelques minutes au lieu de plusieurs semaines auparavant.
- Près de 350 000 retraités ont déjà utilisé ce service, avec un taux d’adhésion supérieur à 80 % dans les pays équipés de réseaux mobiles fiables.
Résultat : la fraude par faux certificats recule de 40 % dans les zones pilotes, et les premiers refus de paiement indus ont permis d’économiser plus de 60 millions d’euros sur la seule année de lancement.
Des contrôles sur le terrain ciblés et dissuasifs
La technologie ne suffit pas toujours ; l’Assurance retraite renforce donc la présence humaine dans les « pays à risque » :
- Déploiement de missions d’agents assermentés au Maroc, en Algérie, au Sénégal et en Turquie, où se concentre une part importante des versements.
- Organisation de sessions de convocation dans les consulats ou les instituts français locaux : chaque retraité reçoit une invitation individuelle et doit se présenter muni de documents originaux.
- Collaboration avec des « tiers de confiance » (banques partenaires, notaires, services consulaires) pour contrôler l’authenticité des signatures et cachets.
Sur 6 700 visites ou entretiens réalisés en 2024 :
- Plus de 900 dossiers ont été épinglés pour fraude caractérisée, représentant en moyenne 20 000 € de paiements à récupérer.
- 2 400 cas de « dysfonctionnements » (erreurs d’adresse, oublis de certificats, retards d’envoi) ont été régularisés, évitant de nouveaux versements indus.
Un impact budgétaire majeur
En combinant biométrie, contrôles physiques et analyse documentaire, l’Assurance retraite a déjà réalisé 188 millions d’euros d’économies nettes en 2024. Pour mémoire, chaque année de versement injustifié coûte jusqu’à 13 milliards d’euros au système de retraite mondial, selon les estimations de l’OCDE ; la France entend réduire au maximum sa part de ces pertes.
Ce que doivent retenir les retraités expatriés
- Un certificat de vie ou une preuve biométrique est exigé tous les 12 mois ; sans retour dans le délai imparti (généralement 90 jours), la pension est suspendue.
- Les convocations consulaires ont un caractère obligatoire : absence ou refus de se présenter peut entraîner l’arrêt définitif des versements et le recouvrement des sommes indûment perçues.
- L’Assurance retraite ne sollicite jamais de coordonnées bancaires ou de mots de passe par courriel ; les tentatives de phishing se multiplient, restez vigilant.
- En cas de doute (déménagement, changement d’état civil, difficulté d’accès à Internet), contactez sans tarder la caisse régionale ou le consulat le plus proche.
Vers une vigilance permanente
Avec l’allongement de l’espérance de vie et l’essor de la mobilité internationale, la question de la fraude aux pensions s’inscrit dans un contexte budgétaire tendu : chaque euro indûment versé fragilise l’équilibre du régime. Les nouvelles technologies, combinées à des contrôles ciblés, devraient continuer à améliorer la fiabilité des paiements tout en simplifiant la vie des retraités de bonne foi. La lutte contre la fraude est devenue un levier essentiel pour préserver la confiance et la pérennité de la solidarité intergénérationnelle.



