Expérience de poche…
Les fans de Will Wright, dont je fais parti, attendaient ce jour depuis bien longtemps : la sortie de Spore, le nouveau jeu du créateur des Sims et de Sim City. Il faut dire que le monsieur est une pointure dans le jeu vidéo, une espèce de réalisateur hollywoodien qui enchaîne sans difficulté les succès. Marier la qualité à la quantité (les ventes), c'est déjà une toute autre histoire. Mais notre homme s'en tire plutôt bien. Même très bien. Prévu originellement sur PC, et Mac n'oublions pas, le jeu a vite été le sujet de rumeurs plus ou moins folles. Cet opus DS est en quelque sorte la concrétisation d'une rumeur absurde. Comment porter un jeu de gestion si atypique et semblant demander autant de ressource sur la portable de Nintendo ? A force de compromis et de limitations. Résultat des courses ce Spore Creature ne brille pas et ne remplit que faiblement le capital sympathie.
L'idée de départ, émanant du cerveau de Mr Wright, était on ne peut plus simple mais surtout on ne peut plus lumineuse. Imaginez donc, vous allez revivre l'aventure humaine de son point de départ, la molécule, à son point d'arrivée, l'homme de demain. Se basant sur la théorie de l'évolution de Darwin, théorie la plus plausible mais également sujette à quelques critiques (je parle de scientifiques pas d'évangélistes américains), vous devrez diriger une bestiole en passant par chaque stade de l'évolution humaine. Un beau projet, une ambition démesurée bref de quoi faire saliver. Alors que les tests de la version PC fleurissent sur la toile, on remarque d'ailleurs des avis mitigés allant du très bon au tout juste correcte, il est temps de tirer les conclusions les plus nettes de cette déclinaison DS.
Conduire la petite bête…
Tout d'abord, il ne sera plus question d'évoluer comme dans la version PC, dans cet opus on dirigera essentiellement une petite bête qu'on recréera à loisir pour avancer dans l'histoire. Car pour être honnête il s'agit plus d'une histoire se déroulant au fil de vos actions qu'une évolution darwinienne strate par strate. Beaucoup plus carré donc, et dirigiste, Spore Creatures nous propose au final une petite histoire avec en toile de fond l'évolution des créatures et leur adaptation à différents environnements. L'idée est intéressante malgré tout, et de toute façon il est impossible de faire une réplique de la version PC sur DS. Seulement le scénario, bien que commençant de manière farfelue, ne parvient pas vraiment à décoller ni à nous captiver. Après à peine une heure de jeu l'on se rend compte qu'il ne s'agit ni plus ni moins d'une légère variante au schéma ô combien classique du jeu vidéo…
Un grand méchant veut donc dominer le monde et faire le mal, vous devrez mettre à bas ses ambitions diaboliques. Les seules particularités du scénario se retrouvent dans la critique sous-jacente du soft, une critique un peu grossière et maladroite du scientisme et des dérives de l'évolution par l'homme comme les manipulations génétiques. Bref une critique qui tombe vite à l'eau au profit d'un grand vilain qui sème la pagaille sur six planètes, provoquant des mutations des créatures de chaque planète ainsi que des changements climatiques. C'est bien triste de voir l'histoire, et la critique qu'elle insinue, rester en surface tout au long de l'aventure. Il y avait matière à faire bien mieux. Bien plus intéressant du moins.
Rencontres atypiques…
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En fait, tout débute par votre naissance terrestre. Vous êtes une larve, un gougui ce n'est pas une insulte, et vous sortez de l'eau pour ramper jusqu'à la terre ferme avec votre ami lui aussi un gougui… Sur la planète Tapti, vous allez faire la rencontre d'autres espèces mais surtout perdre la trace de votre ami après avoir découvert un étrange objet fait de métal, c'est une soucoupe volante. Ainsi, vous allez devoir parcourir les six planètes à la recherche de votre ami disparu mais également sauver les différentes espèces de ces planètes corrompus par un étrange être robotisé. Pas très charismatique, votre personnage s'améliorera au cours de son périple. Des bras, des jambes, des nageoires, des yeux, une bouche, une queue et un corps. Tant d'éléments vous servant à vous fortifier, à dépasser des étapes ardues. Contrairement à la version PC donc, vous ne ferez évoluer votre personnage que dans la limite du stade "créature". Vous ne serez jamais une cellule ni un homme dans ses évolutions supérieures. Rien de grave puisque vous allez partir à la rencontre de différentes planètes aux environnements bien particuliers.
Il y aura par exemple une planète de glace, une autre de lave, encore une autre désertique et j'en passe. Les environnements changent, tout comme les créatures. Avec une trentaine d'espèce différentes, dont la vôtre, vous allez pouvoir faire pas mal de rencontres. Les Brougu, Jonglo ou Lilipa sont autant d'espèce variées. Chacune ayant sa taille, ses compétences, ses faiblesses et ses forces. Tout cela a l'air bien beau et bien intéressant mais quand est-il au juste de ce Spore Creatures ? Comment se joue-t-il ? Assez simplement. Vous dirigez votre créature à l'aide du stylet, répondant très bien même si on note quelques fois des imprécisions, et ensuite il n'y a qu'à tapoter les objets que vous rencontrez ou les créatures. Pour changer l'angle de la caméra, il suffira d'utiliser les gâchettes "L" et "R". Petit bémol pour la caméra dont la hauteur ne permet pas de voir nettement tous les éléments environnants, des zooms n'auraient pas été de trop. La suite n'est pas plus compliquée…
Une histoire de nids…
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Ainsi, sur chaque planète vous trouverez des nids. En général chaque espèce a son nid. Pour y avoir accès, il vous faudra soit devenir amis avec chaque créature de l'espèce, soit les tuer tous. L'action de socialisation se fait via un mini-jeu très simple, une sorte de Oendan du pauvre. Une plante située en bas de l'écran projette des spores allant vers des fleurs disposées en arc de cercle. Il suffit de cliquer sur la bonne fleur recevant un spore au bon moment. Selon les espèces et leur humeur le mini-jeu sera plus ou moins dur. Le problème c'est qu'après plusieurs heures on est un peu agacé par la répétitivité du jeu et surtout son incroyable difficulté pour les espèces de la dernière planète. Une socialisation bien pauvre au final. Pour ce qui est des combats, afin d'exterminer une espèce, ceux-ci sont également limités. Vous n'aurez qu'à tracer des traits sur vos adversaires pour les toucher. Quelques fonctions, comme les bio-pouvoirs, interviennent si votre créature possède des membres munis de ces pouvoirs. Il vous sera par exemple possible de vous soigner ou de lancer, automatiquement, des flammes ou du vent. Seulement les affrontements deviennent rapidement répétitifs, assez mous, et ne proposent pas une maîtrise satisfaisante.
L'autre point du jeu, le plus important, est la création de votre personnage. Dans le nid nettoyé, par la socialisation ou le combat, vous pourrez créer à loisir votre bestiole. Chaque élément a son importance. Des pattes peuvent avoir le pouvoir de guérison, d'autres celui de marcher dans la neige sans trop souffrir ou de traverser des buissons de ronces. Certaines de ces particularités sont nécessaires pour avancer dans l'histoire. Par exemple, pour traverser tel pont il me faut telle paire de pattes. Mais il y a également une création plus libre où il vous est possible de monter de A à Z votre créature. Choisir de bons yeux pour voir les trésors enfouis ou d'autres peut-être moins performant à ce niveau-là mais dotés d'un indice de socialisation élevé. Tout est une question de choix et de conséquences. Selon le choix de la bouche vous serez carnivore ou herbivore; selon le choix de vos bras vous aurez une capacité soin ou un bio-pouvoir. Les conséquences existent entre vous et les environnements ou les différentes espèces. Il ne faut pas s'attendre à une montagne d'interactions mais le tout a son charme et des possibilités assez intéressantes.
Attirer la sympathie de qui ?
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Selon votre attitude vous attirerez la méfiance ou tout le contraire, par exemple. Si l'on se bat beaucoup il sera difficile de devenir amis avec certaines espèces. Bien que rare il est possible à un moment donné d'aider une espèce et pas une autre, de faire une quête annexe (comme rapporter du poisson à une créature) ou non. Autant de libertés et de conséquences agréables. Limitées mais agréables. Enfin les dernières possibilités résident dans quelques actions sommaires. Il vous sera possible de porter des objets, un seul à chaque fois, ou de demander à un ami de vous suivre dans votre périple, le temps d'une planète. L'aventure n'est pas vraiment répétitive grâce aux nombreuses petites quêtes qui viennent diversifier le jeu. Vous devrez à un moment aider une espèce à cacher de la nourriture, la protéger ou se battre contre une espèce menaçante ou encore détruire des radars météorologiques pervertissant le climat de la planète. Ainsi vous avancerez de planète en planète après avoir récolté à chaque fois ou presque une carte des cieux et accompli plusieurs quêtes.
Une aventure limitée mais avec des possibilités et des conséquences intéressantes, voilà ce que l'on se dit le jeu terminé. Terminé dans son aventure principale car il est possible de s'échanger des créatures via le Wi-Fi Nintendo. L'atelier de création est plus limité que sur PC mais propose quand même l'assemblage de sept éléments, la possibilité de les faire pivoter dans tous les sens, de leur donner une taille voulue mais également de colorier vos créatures. Pour rajouter quelques heures de jeu il est possible de débloquer tous les succès de la cartouche, et il y en a beaucoup. Il vous faudra, par exemple, affronter chaque espèce au combat. L'autre grand mode est la "Sporopédie", encyclopédie recensant toutes les espèce du monde de Spore. Sympa et bien foutu, l'encyclopédie est une réussite. Ensuite il ne vous reste plus qu'à refaire les planètes, si le cœur vous en dit, et trouver tous les trésors et surtout tous les éléments d'assemblage comme les bouches ou les yeux. On aurait aimé un peu plus d'effort sur le mode Online mais il n'en est rien, rien que de l'échange. Encore une fois, tant pis.
Objectif, subjectif, conceptuel…
L'ambiance sonore de ce Spore pour DS n'a rien d'exceptionnel. Il est quand même agréable de se laisser bercer par les petites musiques d'ambiance qui parsèment votre aventure. Des thèmes malheureusement trop redondants mais collant à la perfection avec le monde de Spore. Les bruitages quand à eux sont plutôt réussis en particulier les voix, ou les bruits de bouche plutôt, qui font irrémédiablement penser aux Sims.
Si l'on doit comptabiliser les heures de jeu de ce Spore, il faut dire que la durée de vie est assez faible. L'aventure principale se termine en environ 5 heures, 6 grand maximum. Le jeu ne posera aucune difficulté. Vous n'aurez qu'à avancer tranquillement, à remplir vos missions et améliorer votre créature. Les modes annexes, comme le mode Online, sont sympathiques mais très limités. Une fois terminé, on y revient pas.
Graphiquement le jeu risque de scinder les avis en deux. Il y aura ceux qui trouveront cela génial car conceptuel et un peu fou, les autres seront déçus au vue d'une réalisation assez faible. L'environnement est en 3D, de facture correcte mais sans richesse et sans une finition appréciable; les créatures sont elles en 2D d'aspect papier comme un Paper Mario. Au final le jeu n'est pas laid mais tout juste correct voir faible à certains moments. Mais bon, certains aimeront.


13
/20 : Difficile de noter plus cette déclinaison de Spore. Le jeu n'est pas mauvais, loin de là, seulement il souffre de trop de défauts pour être bon. Juste sympathique, il remplit bien sa fonction ludique tout au long de l'aventure. On appréciera les possibilités de création, les conséquences qu'elles ont dans notre périple et les quelques libertés permises. Malheureusement ses points positifs sont assez limités et ne permettent une joie que de courte durée et de faible intensité. Dirigiste, simple, limité le jeu convainc quand même par sa formule et ses idées. Il n'en demeure pas moins que l'aventure est courte.
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Gameplay : Spore Créatures se joue au stylet. Le tout répond très bien même si à quelques rares moments on note des imprécisions. Gameplay simple, agréable mais redondant pour les phases de socialisation et de combat. Malheureusement ce sont deux points clefs du jeu.
Durée de vie : L'aventure est courte. Ne comptez pas plus de six heures pour terminer votre périple et sauver les 6 planètes du mal qui les rongent.
Graphismes : Le jeu ne manque pas de charme mais souffre d'un manque de détails et de qualité des textures.
Audio : On est facilement porté par ces thèmes guillerets. Les bruitages font penser au Sims et collent parfaitement à l'ambiance générale du soft.
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