Au 1ᵉʳ janvier 2026, de nombreux retraités vont avoir une surprise amère : leur pension brute sera bien revalorisée de 0,9 %, mais leur pension nette pourrait pourtant diminuer. Le mécanisme est discret, technique, mais très concret dans le portefeuille : il repose sur la combinaison de la hausse des retraites de base et du nouveau barème de CSG retraite 2026, calculé à partir de revenus passés qui, eux, ont beaucoup augmenté. Résultat : des retraités auront la sensation paradoxale de « gagner plus sur le papier »… tout en touchant moins sur leur compte bancaire.
Revalorisation 2026 : une hausse de 0,9 % qui peut se transformer en perte nette
Au 1ᵉʳ janvier 2026, les pensions de base (Carsat, Cnav, MSA) seront revalorisées de 0,9 %. Cette hausse, jugée faible, reste néanmoins importante dans un contexte où un gel des retraites avait été envisagé pour faire des économies budgétaires, avant d’être abandonné face à l’inflation.
Concrètement, cela donne, à titre d’exemple :
- Une pension brute de 1 000 € par mois passerait à 1 009 €.
- Une pension brute de 1 500 € monterait à 1 513,50 €.
- Une pension brute de 2 000 € atteindrait 2 018 €.
Sur le papier, tout semble positif. Pourtant, cette revalorisation se superpose à un autre paramètre moins visible : l’ajustement du barème de la CSG sur les retraites en 2026, lui-même basé sur le revenu fiscal de référence (RFR) 2024. Et c’est là que les choses se compliquent.
Le rôle déterminant du revenu fiscal de référence pour 2026
Le montant de CSG prélevé sur les pensions ne dépend pas uniquement de la retraite du moment, mais du RFR de l’avant-dernière année. Pour 2026, c’est donc le RFR 2024 qui fait foi, tel qu’il apparaît sur l’avis d’imposition reçu à l’été 2025.
Problème : en 2024, les pensions de base avaient été fortement revalorisées, à hauteur de 5,3 %. Cette hausse, nettement supérieure à celle prévue pour 2026, a mécaniquement gonflé le RFR de nombreux retraités. De leur côté, les seuils de revenus qui déterminent les tranches de CSG n’augmenteront que d’environ 1,8 % en 2026.
Autrement dit, les retraites ont augmenté plus vite que les seuils de CSG. Résultat : un grand nombre de retraités risque de « changer de tranche » en 2026, passant d’un taux de CSG plus faible à un taux plus élevé, ce qui réduit directement leur pension nette.
CSG retraite 2026 : des taux qui pèsent lourd sur le net
La CSG (contribution sociale généralisée) sur les pensions de retraite est prélevée à plusieurs taux possibles, en fonction du RFR et de la composition du foyer fiscal. Les grands paliers sont les suivants :
- Taux de CSG : 0 %, 3,8 %, 6,6 % ou 8,3 %
- À cela s’ajoutent :
- la CRDS (0,5 %)
- la Casa (0,3 %)
Selon votre situation, l’ensemble des prélèvements sociaux peut donc représenter :
- environ 4,3 % de la pension (CSG 3,8 % + CRDS + Casa),
- environ 7,4 % de la pension (CSG 6,6 % + CRDS + Casa),
- jusqu’à 9,1 % de la pension (CSG 8,3 % + CRDS + Casa).
Une différence de tranche peut donc faire « disparaître » une partie de la revalorisation, voire plus encore.
Les seuils de CSG retraite 2026 : les profils les plus exposés
Pour 2026, le barème de la CSG s’appuiera sur le RFR 2024. Voici les grandes lignes des seuils indicatifs par foyer, qui montrent comment les taux changent :
Pour une personne seule :
- CSG à 0 % jusqu’à 13 048 € de RFR
- CSG à 3,8 % de 13 049 € à 17 057 €
- CSG à 6,6 % de 17 058 € à 26 470 €
- CSG à 8,3 % au-delà de 26 470 €
Pour un couple (2 parts fiscales) :
- CSG à 0 % jusqu’à 20 014 € de RFR
- CSG à 3,8 % de 20 015 € à 26 165 €
- CSG à 6,6 % jusqu’à 40 604 €
- CSG à 8,3 % au-delà de 40 604 €
Les plus fragilisés sont les retraités dont le RFR se situe tout près de ces seuils. Une hausse importante des pensions en 2024 a pu suffire à faire franchir un palier, même pour quelques dizaines d’euros, ce qui change le niveau de prélèvements sociaux en 2026.
Exemples concrets : quand +0,9 % brut se transforme en moins sur le compte
Pour mieux comprendre, voici deux scénarios illustratifs.
Exemple 1 : une personne seule qui change de tranche
Imaginons un retraité célibataire avec :
- Pension brute mensuelle 2025 : 1 400 €
- Pension brute annuelle : 16 800 €
- RFR 2023 : 16 500 €, le plaçant dans la tranche de CSG à 3,8 % en 2025.
En 2024, sa pension a été revalorisée de 5,3 %. Son revenu annuel est ainsi monté à environ 17 684 €. Son RFR 2024 dépasse alors le seuil de 17 058 € et le fait basculer en 2026 dans la tranche de CSG à 6,6 %.
En 2026 :
- Sa pension brute annuelle augmente encore de 0,9 %, passant à environ 17 844 €.
- Mais le taux de CSG, lui, passe de 3,8 % à 6,6 %, et les prélèvements globaux montent autour de 7,4 %.
Résultat possible : malgré quelques euros de plus en brut chaque mois, la pension nette diminue, car la hausse de CSG « mange » plus que les 0,9 % de revalorisation.
Exemple 2 : un couple proche du seuil supérieur
Prenons un couple avec :
- Pension brute totale 2025 : 2 800 € par mois (1 400 € chacun)
- Soit 33 600 € par an
- RFR 2023 de 39 500 €, ce qui les place en CSG à 6,6 %.
Avec la hausse de 5,3 % en 2024, leurs pensions annuelles avoisinent 35 388 €. Leur RFR 2024 peut alors dépasser 40 604 €, seuil à partir duquel la CSG passe à 8,3 % pour un couple. En 2026, ils subiront cette nouvelle tranche.
Là encore, la petite revalorisation de 0,9 % en 2026 ne compense pas toujours l’augmentation de prélèvements. Ils pourront percevoir, en net, quelques euros de moins chaque mois qu’en 2025, malgré une pension brute théoriquement plus élevée.
Retraite Agirc-Arrco 2026 : quand la complémentaire amplifie l’effet
La situation ne concerne pas uniquement la retraite de base. La retraite complémentaire Agirc-Arrco subit elle aussi les prélèvements sociaux, avec les mêmes taux de CSG, CRDS et Casa, appliqués en fonction du RFR.
En pratique, le calendrier se déroulera ainsi :
- En février 2026, la nouvelle CSG 2026 commencera à s’appliquer sur la retraite de base.
- Début mars 2026, ce sera au tour de la retraite complémentaire Agirc-Arrco de basculer avec ces nouveaux taux.
Pour un retraité qui change de tranche, la baisse nette peut donc se faire sentir en deux temps : d’abord sur la pension de base, puis sur la complémentaire. La sensation de « double peine » risque d’être d’autant plus forte que les montants complémentaires sont souvent significatifs pour les anciens salariés du privé.
Comment savoir si vous ferez partie des perdants en 2026 ?
Pour anticiper l’impact réel de la CSG 2026 sur votre retraite, il est utile de faire un petit diagnostic personnel, en vous appuyant sur les données déjà en votre possession.
- Étape 1 : retrouvez votre revenu fiscal de référence 2024 sur votre avis d’imposition reçu en 2025. C’est ce chiffre qui servira de base pour le calcul du taux de CSG applicable en 2026.
- Étape 2 : vérifiez le nombre de parts fiscales de votre foyer (1 part si vous êtes célibataire, 2 parts si vous êtes un couple marié ou pacsé, etc.).
- Étape 3 : repérez à quelle tranche de CSG vous appartiendrez en 2026 en comparant votre RFR aux seuils correspondants à votre situation.
- Étape 4 : comparez ce futur taux avec celui appliqué en 2025 sur vos pensions. Si vous passez d’une tranche à l’autre (par exemple de 3,8 % à 6,6 %, ou de 6,6 % à 8,3 %), vous êtes potentiellement concerné par une baisse de pension nette malgré la hausse de 0,9 %.
En tenant compte de ces éléments dès maintenant, vous pouvez mieux comprendre ce qui se passera sur vos versements de février et mars 2026, et éviter de découvrir cette évolution au moment où la pension tombe sur le compte.
Un sentiment d’injustice pour certains retraités
Ce phénomène risque de nourrir un sentiment d’incompréhension chez de nombreux retraités. Voir sa pension officiellement « augmenter » mais constater une baisse du virement net est déroutant. Les explications techniques autour du RFR, des années de référence et des barèmes de CSG restent souvent peu lisibles pour le grand public.
Pour les foyers modestes ou moyens, particulièrement ceux qui vivent juste au-dessus des seuils, la situation peut être d’autant plus mal vécue que quelques dizaines d’euros suffisent à faire basculer d’une tranche à l’autre. En 2026, la phrase « J’ai eu une hausse de 0,9 %, mais je touche moins » risque donc d’être entendue fréquemment, surtout parmi les retraités qui ont déjà ressenti les effets des fortes revalorisations de 2024 sur leur fiscalité.
En résumé, la revalorisation de la retraite 2026 n’aura pas le même goût pour tout le monde : certains y verront une légère bouffée d’oxygène, quand d’autres, à cause de la CSG 2026 et de son barème, découvriront une réalité bien plus amère sur leur pension nette. Comprendre ces mécanismes en amont permet de mieux s’y préparer… même si le résultat reste, pour certains, financièrement défavorable.



